Kristina Lowis, Traductrice Etl

« Derrière le miroir » est une série de portraits qui vous fera découvrir les personnalités des traducteurs et des traductrices de la promotion 2019 de l’ETL.

Exposer les regards. Révéler les pensées.

Kristina Lowis, historienne de l'art de formation, est venue à la traduction naturellement. Amoureuse de la France, elle s’y installe pendant ses études et c’est ainsi que sa carrière a commencé.

« Je suis venue à la traduction naturellement » nous annonce d’emblée Kristina Lowis, traductrice ETL du français et de l’anglais vers l’allemand. D’Allemagne, Kristina se souvient en particulier de ses études de littérature française à Düsseldorf, et des cours de thème et de version qu’elle suivait en commun avec les étudiant.e.s de traduction littéraire : « J’étais nulle ! » dit-elle d’un ton amusé. « La solution ? Je suis partie en France pour me perfectionner ». C’était en 1997. Depuis, elle passe son temps entre la France et l’Allemagne. « J’adore vivre en France. Après avoir longtemps vécu à Paris, avec mon compagnon, on a passé cinq ans à Berlin, puis nous sommes partis nous installer à la campagne, en Dordogne. »

À la fin de ses études à Düsseldorf, Vienne et Paris, pour son doctorat sur la photographie autour de 1900, Kristina passe du français à l’allemand. Et elle en fera des traductions … « C’est pour cela que je dis que je suis venue à la traduction naturellement car je n’avais pas le choix : je devais traduire des textes inédits en allemand pour ma thèse ». Aujourd’hui, son quotidien exclue largement la routine, avec des activités qui s’articulent autour de trois piliers : elle est traductrice, mais aussi auteure et parfois commissaire d’exposition. « Les trois s’enrichissent mutuellement, un peu comme un cercle vertueux. Cela me permet de rester en dialogue constant avec des thématiques, au-delà du texte rendu. Et c’est ce contact avec les sujets et les collègues qui m’inspire ».

Pour l’instant, elle traduit principalement des textes sur l’histoire de l’art ou en sciences humaines, rien de « littéraire » au sens des Belles Lettres. Mais qu’importe, « mon souci est de rester fidèle à un.e auteur.e, je me sens responsable envers elle ou lui. Responsable car mon rôle est de rendre compréhensible dans ma langue native ce qui a été pensé dans une autre langue. Je dois prendre en compte les différences de pensée et les références culturelles de la sphère germanophone pour faire justice à un texte de la sphère francophone ou anglophone. Je tente de recréer le même ‘effet de lecture’ en allemand. Cela fonctionne d’ailleurs beaucoup mieux avec des textes qui nous correspondent, avec lesquels on se sent une certaine affinité... »

Dans un premier temps, elle réfléchit au type de texte qu’elle a devant les yeux. « Je me concentre aussi sur le type de lectorat auquel ce texte s’adresse en particulier, et éventuellement à la situation de lecture. C’est très important, par exemple, pour des textes d’exposition, je m’interroge sur le niveau de langue à utiliser etc. »

Et ensuite, après d’éventuelles recherches sur le sujet traité dans le texte, et après avoir approfondi au besoin les concepts soulevés, elle commence à traduire. « Je lis une fois en diagonale pour me sensibiliser au texte. Puis je traduis, des fois d’abord à la main, en soulignant des notions sur lesquelles je sais que je vais revenir. Puis, j’affine en rentrant le tout dans l’ordinateur. Une fois ce premier jet réalisé dans son intégralité, je passe du temps sur les finitions, en lisant souvent mon texte à voix haute, pour l’entendre. C’est un rapport assez organique. » Même quand elle a de longues journées, bien remplies, elle est volontaire. « Idéalement, je laisse le texte reposer un peu, si le temps le permet, et passe à autre chose pour le reprendre plus tard. En revenant dessus, les améliorations viennent généralement toutes seules. On corrige, on modifie. C’est une question de respect mais aussi de défi personnel. Il y a une grande valeur intellectuelle à respecter dans l’œuvre que l’on a face à soi. De ces expériences partagées, la lecture du texte me révèle aussi le regard de l’autre, ses références, sa manière de réfléchir... ».

Son parcours, jusqu’à présent, lui plaît. Et puis aujourd’hui, ce n’est déjà plus hier : « Je suis ravie d’évoluer davantage dans le monde de la traduction. Suivre la formation de l’ETL, pour moi, c’est une question de légitimité et l’affirmation d’un choix. »

Dès son retour en France, en 2014, fraîchement installée à son compte en tant que traductrice, elle commence par se rapprocher d’associations, comme l’ATLF. « Oui, le sens de la communauté, que possèdent beaucoup de traductrices et traducteurs, est crucial pour moi. Je n’imagine pas rester toute seule dans mon coin. Même si c’est souvent virtuel, on échange. On se rencontre, on participe à des réunions qu’organise régulièrement l’ATLF. Et l’ETL renforce non seulement les liens entre nous mais aussi notre sentiment de légitimité, d’appartenance. C’était le moment de faire cette formation. L’École, ses intervenant.e.s, mes collègues m’ont déjà énormément apporté. Notre communauté est généreuse et elle trouve toujours des réponses aux questions linguistiques les plus farfelues. C’est un milieu très agréable, très solidaire. Les personnes que je rencontre sont extrêmement cultivées et généralement bienveillantes ».

Son objectif, en postulant à l’ETL, était de voir de plus près comment travaillent les autres et de prendre de l’aplomb. « J’avais besoin de prendre un peu plus d’assurance pour approcher d’autres textes que ce que je fais habituellement, et éventuellement ensuite proposer moi-même des ouvrages à la traduction. Il m’arrive qu’on me propose des textes plus « littéraires », par exemple, mais j’éprouve le besoin de mieux connaître les pratiques sur ce terrain. Je serai heureuse de porter un projet plus littéraire, et aussi de collaborer plus avec des collègues, pour des traductions à quatre mains ».

Kristina rêverait de traduire Arlie Russell Hochschild* ou Mona Chollet**. « Ce sont deux voix qui m’ont parlé tout de suite. Elles sont particulières et autonomes. Les traduire me permettrait d’aller au plus près de leurs pensées. Pour Hochschild, c’est sa vision des États-Unis et des phénomènes sociologiques que je trouve extrêmement intéressante ou encore son travail sur la commercialisation de la vie privée. Je suis persuadée qu’elle nous permettrait de mieux comprendre notre monde et les enjeux de ce qui se passe aussi en Allemagne et en France en termes de fragmentation sociale et de démantèlement du collectif. Si cette lecture m’a ouvert les yeux, je pense que cela devrait marcher pour les autres. Pour Chollet, c’est sa manière de rendre transparente sa pensée qui m’a convaincu. Et je suis certaine de son succès en Allemagne. Car ses idées et son écriture s’y adapteraient très bien ».

Pour Kristina, la traductrice est aussi une pédagogue. Elle transmet un texte dans une autre langue et dans une autre culture. Mais il faut expliquer en quoi consiste cette tâche, surtout à certains commanditaires. « Combien de fois ai-je entendu, même par des universitaires : ‘j’ai marqué les mots qui se répètent, vous n’aurez pas à les traduire deux fois !’ Non, il s’agit de phrases entières, il y a un travail de transposition, une réflexion, des références et des codes à faire correspondre dans une autre société dont l’imaginaire peut être différent. Donc, selon le contexte, le mot traduit ne sera pas le même. Je suis convaincu que c’est aussi l’expérience qui nous permet d’appréhender un texte et de le transposer. Et on ne traduit pas non plus de toutes les langues vers toutes les langues... Donc, expliquer calmement, encore et encore, fait partie du métier. »

Aux personnes qui veulent se lancer dans la traduction, « je dirais : suivez vos envies ! Laissez-vous porter par ce qui vous plaît, puis si vous choisissez cette carrière, il y aura des moments creux et d’autres surchargés, car oui, c’est un travail indépendant ! Ach ! » conclue-t-elle en riant.

Pour en savoir encore plus sur Kristina Lowis, découvrez ici son résumé professionnel (à venir)

Site : www.extratexte.wordpress.com

Et pour en apprendre plus sur l’ETL, c’est par là.

Nous vous donnons rendez-vous dans 15 jours pour un nouveau portrait « Derrière le miroir ».

L’ETL, née d’un partenariat entre le Centre national du livreet l’Asfored, propose aux jeunes traducteurs, déjà engagés dans le métier, une formation complète, fondée sur un enseignement de la traduction multilingue, grâce à des ateliers assurés par des traducteurs chevronnés et des interventions de professionnels de tous les métiers du livre.

Si vous voulez en savoir plus, nous sommes à votre disposition pour répondre à toutes vos questions ici.

* Arlie Russell Hochschild : sociologue américaine qui a défini le concept de travail émotionnel et met en évidence la place des femmes dans les métiers du soin et des services. Elle ouvre la voie de la sociologie des émotions. (Source : Wikipédia)

** Mona Chollet : journaliste et essayiste franco-suisse. (Source : Wikipédia)

Entretien Avec Christophe Mileschi

L’ETL a recueilli les propos de Christophe Mileschi, professeur de littérature italienne contemporaine à l’université́ Paris Ouest Nanterre, traducteur de l’italien (Léonard de Vinci, Pier Paolo Pasolini, Alberto Moravia, etc.), auteur et formateur à l’Ecole de Traduction Littéraire (ETL), une formation du Centre National du Livre et de l’Asfored, le centre de formation dédié aux métiers de l’édition.

Parlez-nous de votre parcours et de votre expérience de traducteur

Je suis devenu traducteur un peu par hasard, en faisant ma thèse en littérature italienne, entre 1987 et 1992. Dans une thèse, en France, quand on cite des passages en langue étrangère, on doit aussi donner la traduction française, quand elle existe, ou traduire soi-même. Je travaillais sur un poète italien, Dino Campana, dont l'unique recueil, Canti Orfici (1914), avait été traduit en français en 1978, par Michel Sager. Une traduction plutôt inspirée, mais parfois erronée et, surtout, qui n'illustrait pas forcément les phénomènes poétiques que j'analysais. Cela m'a souvent obligé à retraduire les passages que je citais. De fil en aiguille, j'y ai pris goût, et j'ai eu envie de retraduire tout le recueil. J'avais redécouvert une évidence : traduire, c'est une manière de connaître en profondeur un texte, cela présuppose et cela induit une certaine lecture, une certaine interprétation du texte qu'on traduit. Après avoir fini ma thèse, j'ai traduit l'intégralité du recueil, j'ai cherché et trouvé un éditeur et j'ai publié ma traduction (Chants Orphiques, 1998). Deux ans plus tard, un éditeur m'a contacté pour me proposer de traduire des textes de Léonard de Vinci. À partir de là, je n'ai plus cessé de traduire, en parallèle de mon activité d'enseignant-chercheur, au rythme de deux ou trois traductions par an.

Pourquoi ETL ?

Quand Olivier Mannoni m'a parlé de son projet, j'étais à la fois admiratif et perplexe. Admiratif, d'une part, parce qu'il me semblait évident qu'il y avait, en France, un vrai manque de formation(s) pour les traducteurs, et qu'il fallait y remédier. Il existe des masters dits de traduction ici et là mais, en dehors peut-être de l'aire anglophone, ils ne me semblent guère répondre à ce que peuvent être les attentes et les besoins de traducteurs littéraires à vocation professionnelle. Et pour certaines langues, dites rares, il n'existe je pense à peu près rien. Et perplexe, d'autre part, parce que le projet, c'était de réunir dans un même groupe des traducteurs œuvrant dans des langues différentes, face à un formateur venant d'un domaine qui pouvait n'avoir aucun spécialiste dans le groupe, au seulement un ou deux. Comment enseigner la traduction depuis l'italien, par exemple, à un groupe de quinze personnes où une ou deux seulement traduisent depuis l'italien ? L'idée d'Olivier, c'était de partir du principe que ce que tous les traducteurs en question ont en commun, c'est la langue d'arrivée : le français. J'avoue que lors de ma première séance, j'avais un trac fou ; d'autant que le niveau des élèves de l'ETL était d'emblée très haut. Et je me demandais si ça passerait, de parler de traduction depuis l'italien à des gens qui traduisent depuis l'allemand, l'anglais, le serbocroate, le japonais etc., et ce que ça pourrait bien donner de les faire travailler à partir de textes italiens... Et le résultat a été d'emblée spectaculaire : non seulement ça fonctionnait, mais ça ouvrait des perspectives que je n'avais pas connues en animant des ateliers avec seulement des italianisants. Lors des séances que j'ai animées par la suite (je dois en être à 6 ou 7 avec l'ETL, peut-être davantage), mon trac initial avait disparu, il n'y avait plus que l'enthousiasme de travailler avec des « élèves » extrêmement motivés, compétents, curieux.

Qu’est-ce qui vous motive à transmettre votre savoir ?

J'aime enseigner, peut-être parce que j'aime apprendre. D'ailleurs, aussi loin que je me souvienne (et j'enseigne depuis plus de trente ans), enseigner m'a toujours beaucoup appris. Et ça continue. Ce que j'aime transmettre, pour reprendre votre expression, ce n'est d'ailleurs pas tant mon « savoir » que mon plaisir de faire (de traduire, en l'occurrence), éventuellement, plutôt que mon savoir, mon savoir-faire, donc, mon goût de découvrir des mondes et de les faire découvrir en les traduisant, mon plaisir de me confronter à des textes difficiles, voire réputés impossibles à traduire, en somme la joie qu'il peut y avoir à se frotter à des tâches exigeantes et, au prix d'un gros travail, de beaucoup d'hésitations, de tâtonnements, de recherches, le plaisir de produire un texte qui sonne en français, qui rend justice à celui qu'on devait traduire. Il y a une dimension ludique dans la traduction. On joue avec les mots.

Quelles sont les qualités pour être un bon traducteur littéraire ?

J'avoue avoir du mal à répondre à cette question. Au fond, je n'en sais rien. Je pense qu'il faut surtout être habité du désir d'être traducteur. Ce qu'on appelle le talent, c'est d'abord du désir. D'ailleurs, en italien ancien, chez Dante, « talento » signifie cela, désir, ou volonté. Et il y faut aussi beaucoup d'opiniâtreté. Cent fois sur le métier... Il faut beaucoup lire, des tas de livres différents, traduits ou non, et beaucoup pratiquer... Et il faut, à mon avis, une véritable humilité : être capable de ne pas se froisser, de ne pas se braquer quand un éditeur ou un lecteur annote votre travail, corrige ici ou là (parfois à bon droit, parfois de manière discutable, ce n'est pas la question). Se braquer, c'est partir du principe qu'on a forcément raison, mais on n'a jamais forcément raison : à chacun des ateliers que j'ai animés à l'ETL ou ailleurs, sur des textes que je connaissais pourtant très bien, et que j'avais traduits, plusieurs idées excellentes me sont venues des élèves, des solutions au moins aussi bonnes ou meilleures que celles auxquelles j'avais pensé. Et cela m'arrive même à l'université, avec des étudiants très jeunes et inexpérimentés, qui parfois trouvent, pour tel point précis, une traduction plus efficace ou plus belle que la mienne, alors que j'ai des décennies d'expérience. Un « bon » traducteur doit garder ouverte la porte des possibles.

L’ETL, née d’un partenariat entre le Centre national du livre et l’Asfored, propose aux jeunes traducteurs, déjà engagés dans le métier, une formation complète, fondée sur un enseignement de la traduction multilingue, grâce à des ateliers assurés par des traducteurs chevronnés et des interventions de professionnels de tous les métiers du livre.

Si vous voulez en savoir plus sur l’appel à candidatures 2020, vous trouverez plus d’informations ici et nous sommes à votre disposition pour répondre à toutes vos questions ici.

Ce site fonctionne uniquement sur les navigateur modernes.

Votre utilisez pour


Vous utilisez actuellement un navigateur dont la version n’est plus supportée telle que :

  • Safari pour Windows
  • Internet Explorer antérieur à la version 9

Sur Windows

Nous conseillons une version à jour de Google Chrome ou Microsoft Edge.

Sur macOS

Optez pour une version à jour de Safari.

Sur Smartphone ou Tablette

Le site fonctionne de manière optimale sur tout les navigateurs et OS pourvu que celui-ci soit à jour.


Uiliser de préférence l’un des navigateurs suivant :

  • Chrome (Windows, macOS, iOS, Linux, ..)
  • Safari (macOS, iOS)
  • Firefox (Windows, macOS, iOS, Linux, ..)
  • Microsoft Edge (Windows)