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LAURIANE CRETTENAND, TRADUCTRICE ETL

LA CORRESPONDANCE DES LANGUES

« Derrière le miroir » est une série de portraits qui vous fera découvrir les personnalités des traducteurs et des traductrices de la promotion 2019 de l’ETL (École de Traduction Littéraire CNL-Asfored).

 

Avec plus de 40 publications en littérature jeunesse, non-fiction ou romance, d’Alan Early à plus récemment Alex Bell, Lauriane Crettenand est une jeune traductrice de l’anglais. Elle est une traductrice de l’émotion et de la sensibilité.

Chez Lauriane Crettenand, l’anglais et le français ont toujours fait partie de sa culture. Chez elle, l’ouverture aux cultures étrangères est simplement naturelle et quotidienne.

 

Bercée par la culture anglo-saxonne dès son plus jeune âge, les premiers contacts de Lauriane avec l’anglais se sont faits grâce à la télévision, qu’elle regardait avec sa mère, férue de séries anglophones en VO. Petite déjà, Lauriane lit beaucoup, des auteurs francophones comme anglophones. C’est notamment avec des auteurs britanniques, comme Roald Dahl et Agatha Christie, qu’elle grandit. Elle découvre peu à peu que derrière une langue, il y a un pays, des personnes et une culture différente de la nôtre.

 

L’anglais, c’est la première langue qu’elle apprend, et avec laquelle elle se sent vite à l’aise. Elle se décide à suivre une prépa littéraire à Grenoble, puis une licence en fac d’anglais. Elle y a un coup de cœur pour deux disciplines : la traduction et la linguistique. C’est pour elle l’opportunité d’étudier une langue en profondeur à travers la littérature et la grammaire. Elle sent qu’elle a enfin trouvé sa voie : après sa licence, elle s’inscrit en master de traduction littéraire à Avignon. Elle voit que « l’usage d’une langue n’est pas la même en Australie qu’en Afrique, ni même d’un auteur à l’autre. » C’est cet usage de la langue qui l’intéresse. Comment elle s’articule pour exprimer les émotions et comment, en traduction, elle se réécrit dans une autre langue pour être pareillement comprise du lecteur.

 

Lauriane n’est pas venue à la traduction par goût d’écrire. Elle avait un besoin, celui de comprendre et de rendre fidèlement ce que l’auteur ou l’autrice veut faire passer, mais dans une autre langue. Lauriane est venue à la traduction par la traduction.

 

Son métier de traductrice, elle avoue que oui, ce n’est pas un métier traditionnel. Il n’y a pas de cadre spécifique, on ne commence pas à 9h et on ne termine pas à 18h en sortant d’un bureau. « Mon cadre, c’est chez moi. Je ne pointe pas et je n’ai pas un salaire qui tombe chaque mois. On ne compte pas ses heures. » Elle avoue qu’aujourd’hui, « cela me permet de vivre plus ou moins bien, au rythme des traductions publiées. ».

 

Lauriane parle aussi de métier passion. Car sans passion, on perd vite l’envie de traduire.

Traduire une langue pour Lauriane, c’est se mettre dans une autre posture. C’est être à la fois ermite, équilibriste et sculpteur. Ermite car « c’est un métier qui appelle à se centrer sur soi même et qui est fondamentalement solitaire ». « En fait, rajoute-elle, pour traduire, il faut apprendre à faire corps avec deux langues à la fois : celle de l’auteur et la sienne. C’est un travail d’équilibriste. » Puis il faut être sculpteur. « La langue, c’est une matière brute qu’il vous faut façonner à la manière de l’auteur, mais en la pratiquant différemment, au service de la compréhension des lecteurs ». Et c’est là qu’est le paradoxe du traducteur, un métier solitaire qui appelle à ouvrir les portes vers une autre culture et à aller au devant de l’autre. Et pour cela, Lauriane veut se recentrer sur elle mais aussi sur la langue française afin d’entretenir son écriture. Elle relit les grands classiques qu’elle considère comme « notre source d’écriture ». Ce qui l’intéresse surtout, c’est comment ces auteurs, qui ont considérablement enrichi la langue française, en ont fait évoluer les usages, et ce qu’ils se sont permis de faire. Elle découvre qu’une langue, on a le droit d’en faire ce qu’on veut. On peut la modeler. Une langue a des échos dans les autres langues comme les ricochets d’un galet sur un plan d’eau. Et ce sont ces ricochets qui donnent la liberté de remodeler une langue à l’aide des mots d’une autre origine, pour qu’il y ait une connexion.

Pour décrocher un premier projet professionnel, Lauriane propose ses talents à Harlequin, une des seules maisons d’édition en France qui avait une annonce en ligne permanente pour le recrutement de traducteurs, et qui lui permettrait non seulement « de mettre un pied » dans la traduction mais aussi de se faire connaître des éditeurs, qu’elle rencontre aussi souvent que possible.

 

Lauriane se rend compte que du métier de traducteur, il lui manquait toutefois deux choses. La première est pragmatique. Ses études ne lui avaient pas donné de base pratique à son métier, sur son statut, par exemple, ou sur le monde de l’édition, en général. La seconde est qu’elle souhaitait continuer à apprendre et à travailler son écriture en français, dans l’échange avec ses pairs. Au salon Livre Paris, ainsi qu’au Festival VO-VF, elle découvre l’ETL grâce aux ateliers animés par Olivier Mannoni et les élèves stagiaires de l’école. L’ETL y présentait une pratique propre à l’école qui lui permettrait de se recentrer sur la langue française : les ateliers multilingues. Comment ? Le français étant la seule langue que tous les traducteurs de l’ETL ont en commun, elle pourrait se confronter à d’autres langues, et subséquemment à d’autres techniques et méthodes avec le français en écriture centrale. L’autre révélation pour notre traductrice est humaine. Elle n’est pas seule avec ses doutes. « Savoir que j’ai des collègues et cela, dans un esprit école, m’a motivée à candidater à l’ETL, cela m’a donné envie d’aller voir les autres et de nouer des relations. C’est un véritable enrichissement ».

C’est d’ailleurs le conseil qu’elle donne aux personnes qui veulent se lancer dans cette carrière. « Échangez avec les professionnels ! Allez les voir, leur parler ! Alimentez votre réseau, renseignez-vous, soyez curieux. Ayez des convictions, ciblez les maisons qui vous intéressent et faites-vous connaître. Puis quand vous aurez publié une première traduction, venez à l’ETL ! »

Consciente que beaucoup de traducteurs de l’anglais sont disponibles, Lauriane se veut rassurante. « Il est vrai que les éditeurs traduisent de moins en moins l’anglais. Ils cherchent des langues plus rares. Mais la littérature anglophone reste une ressource inépuisable. » Elle cite Salinger en exemple qui n’est connu que pour une partie de œuvre. Elle ajoute : « il n’y a pas que les États-Unis ou le Royaume-Uni. Il y a également d’autres pays et cultures anglophones qui n’attendent que vous pour se faire connaître ».

La traduction littéraire, c’est une rencontre, un coup de foudre. « C’est une affaire de sensibilité humaine avant tout ». Et pour Lauriane, la traduction automatique « n’est pas un débat ». Jamais un robot ou une intelligence artificielle ne pourra se substituer à la sincérité de la sensibilité et à l’expression de l’émotion par l’humain pour l’humain. Un mot accompagnera toujours une émotion, révélatrice d’une expérience ou d’un ressenti. Lauriane cite le mot « sycomore » qu’elle trouve très beau dans ses sons et sa fluidité. En anglais, c’est le mot « cheers » qui la rend joyeuse, un mot simple, qui révèle tout un état d’esprit de la culture britannique.

 « Tant qu’il y a aura des langues étrangères, il y aura une traduction qui ouvre sur le monde et les cultures. Et il y aura toujours des mots, des phrases, des textes qui vous toucheront. C’est ça que j’aime et c’est aussi pour ça que j’aime ce métier. »

 

Pour en savoir encore plus sur Lauriane Crettenand, découvrez son résumé professionnel ici

 

Retrouvez Lauriane sur les réseaux sociaux :

LinkedIn : www.linkedin.com/in/laurianecrettenand

Twitter : @laurianetraduit

 

Et pour en apprendre plus sur l’ETL, c’est par 

 

Nous vous donnons rendez-vous dans 15 jours pour un nouveau portrait « Derrière le miroir ». 

 

L’ETL, née d’un partenariat entre le Centre national du livre et l’Asfored, propose aux jeunes traducteurs, déjà engagés dans le métier, une formation complète, fondée sur un enseignement de la traduction multilingue, grâce à des ateliers assurés par des traducteurs chevronnés et des interventions de professionnels de tous les métiers du livre.

 

Si vous voulez en savoir plus, nous sommes à votre disposition pour répondre à toutes vos questions par e-mail à etl-cnl@asfored.org