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Nicolas Cavaillès, Traducteur ETL

UNE LANGUE C'EST UNE EXPÉRIENCE TOTALE

« Derrière le miroir » est une série de portraits qui vous fera découvrir les personnalités des traducteurs et des traductrices de la promotion 2019 de l’ETL (École de Traduction Littéraire CNL-Asfored).

 

Nicolas Cavaillès, docteur en littérature française du 20e siècle, éditeur, auteur lauréat du Goncourt de la Nouvelle en 2014 et de plusieurs autres prix littéraires, nous raconte comment la traduction du roumain s’est imposée à lui.

 

Il y a des auteurs qui intriguent. Qui révèlent au lecteur un pays, une culture, un imaginaire. Le pays d’origine de Cioran, la Roumanie, est de ceux qui fascinent, à l’instar de sa capitale, Bucarest, une ville chaotique comparable à aucune autre. C’est ainsi que Nicolas Cavaillès est arrivé à la littérature et à la langue roumaines. Grâce à Cioran, entre autres. Comme un élément déclencheur d’une passion latente qui s’enracine maintenant…

 

Pendant ses études de lettres et de philosophie, Nicolas Cavaillès traverse l’ancien rideau de fer pour se rendre en Roumanie. Ce voyage était évident pour lui.  Il était même « naturel », sur le plan intellectuel. Parce que la curiosité fait partie de notre nature humaine, elle motive et rythme le désir d’en savoir plus. De comprendre mieux. De lire mieux. D’apprendre pour appréhender les subtilités, qu’elles soient contextuelles ou émotionnelles.

 

Il reste en Roumanie une année. Pour lire, il traduit. Un peu tous les jours. Puis de plus en plus. Comme une dépendance, sa curiosité le pousse à traduire toujours plus, pour tout saisir. Pour lui, « la traduction est la meilleure des lectures ». Un exercice d’abord égoïste, en soi. Il traduit d’abord pour lui-même. « Les œuvres me parlaient et la traduction me permettait de lire ‘en profondeur’. Je voulais m’enrichir de toutes les dimensions propres à cette langue, à son univers, à ses mythes. » Il décortique pour aller au cœur de la sensibilité roumaine. Au cœur de sa musicalité qu’il entendait tous les jours. Il s’attarde sur des mots, sur des phrases. « Une langue, c’est une expérience totale »  qui amène à une autre sensibilité, voire à une autre perception de l’existence. Comme un déracinement qui permet de mieux s’ancrer quand le terrain est compris et ressenti. Il retrouve cet ancrage sensible dans les expressions du temps en roumain. Les formes verbales qui s’infléchissent, par exemple, pour exprimer ce qui pourrait avoir lieu, ou ce qui aurait pu avoir lieu. Comme pour exprimer des regrets. Et tous les jours, il apprend. « Le traducteur idéal est un traducteur qui apprend tous les jours, qui ne se fige jamais. Je ne me lasse pas d’apprendre, de rapprocher puis de dissocier. De trouver des similitudes tout en m’éloignant ».

 

La traduction s’est ainsi imposée à lui. Naturellement. Des amis lui demandent de traduire un premier texte, puis un deuxième, un troisième…  Et il traduit de plus en plus. Il aime être ce pont entre deux cultures ancrées dans leur imaginaire respectif. Comme une transplantation qui enracine chacune de ces cultures, comme une greffe qu’il veut faire prendre, il cherche à recréer ce lien organique, qui se doit d’être subordonné et relatif à chacune d’entre elles. Qu’il vienne d’un côté du pont ou de l’autre, il cherche à « rendre cet ancrage subjectif d’un corps et d’un esprit ».  Et au-delà, à approcher « l’idée » du texte en amont, dont l’œuvre originale et ses traductions sont autant d’images secondes, de facettes.

 

Traduire pour Nicolas Cavaillès, c’est échapper à son propre carcan, et savoir se laisser porter par le mouvement intellectuel fondamental qu’est la curiosité. Traduire, c’est non seulement être à l’écoute de l’autre, mais surtout s’oublier soi-même pour sortir de ses habitudes. « Faire son autocritique en permanence pour fissurer les quatre murs de son être, autant que possible. »

 

C’est une des raisons qui l’a motivé à intégrer l’ETL.  « Travailler dans d’autres corpus grâce aux ateliers multilingues accroît le goût de la difficulté et s’avère très enrichissant. »  Pour lui, la traduction, c’est un état d’esprit qui est fertile, et contagieux : « s’exiler dans une langue autre et amener d’autres esprits à se transformer, c’est gratifiant ».

 

Pour en savoir encore plus sur Nicolas Cavaillès, vous pouvez découvrir son résumé professionnel ici

 

Et pour en apprendre plus sur l’ETL, c’est par

Nous vous donnons rendez-vous dans 15 jours pour un nouveau portrait, derrière le miroir. 

 

L’ETL, née d’un partenariat entre le Centre national du livre et l’Asfored, propose aux jeunes traducteurs, déjà engagés dans le métier, une formation complète, fondée sur un enseignement de la traduction multilingue, grâce à des ateliers assurés par des traducteurs chevronnés et des interventions de professionnels de tous les métiers du livre.

 

Si vous voulez en savoir plus, nous sommes à votre disposition pour répondre à toutes vos questions par e-mail à etl-cnl@asfored.org