Retour au sommaire

OLIVIER VILLEPREUX, TRADUCTEUR ETL

FAIRE CORPS POUR HABITER LE TEXTE

« Derrière le miroir » est une série de portraits qui vous fera découvrir les personnalités des traducteurs et des traductrices de la promotion 2019 de l’ETL (École de Traduction Littéraire CNL-ASFORED). 

 

Olivier Villepreux, journaliste et traducteur ETL, aime l’Italie. La sensorialité de ses paysages, sa puissance culturelle et sa langue qui vous submerge d’émotions non verbales. L’italien est une langue charnelle et organique. Le traducteur se doit de l’incarner. Elle ne peut être saisie que dans une pluralité de contextes, sans même évoquer les différents dialectes.  

 

Face au texte, le contexte. Tout résonne en Italie. Dans ce pays où la cuisine a tant d’importance, la langue se décline en autant de saveurs. Et pourtant, on ne se délecte pas au nord comme au sud. Il y a des codes, un climat à connaître et à respecter selon où l’on se trouve. L’italien, ce sont des langues, des accents, des tournures. De Trieste à Catane, l’italien prend les couleurs de son ancrage, de la culture locale, et s’y immerger rend sans doute plus aisée sa compréhension.

 

L’Italie, Olivier la connaît depuis son adolescence. Il y a vécu. Mais c’est une fois à la fac, en France, en préparant une Licence de lettres et de civilisation italienne, que cette culture lui est apparue comme très proche. Il comprit ce qu’était le plaisir de cette langue à travers la littérature. Elle lui permettait de rester en contact avec l’Italie et son imaginaire, mais aussi à travers son cinéma, son opéra, sans compter ses amis et ses relations là-bas. Plus il s’immergeait dans la langue, plus il lui manquait quelque chose. Et c’est ce manque presque physique qui lui a rappelé que l’Italie était loin d’être un imaginaire. Pour Olivier, « l’italien, c’est une langue qui s’éprouve dans son rapport aux gens, aux villes, aux odeurs, dans la spontanéité des relations humaines ». Il rajoute « je n’ai plus jamais regardé des villes comme avant. Que ce soit à Rome ou à Naples, ce qui me semblait évident au départ, m’a ensuite intéressé intellectuellement et s’est complexifié en lisant Malaparte, D’Annunzio, Ungaretti, Pavese, Sciascia, Tabucchi, et tant d’autres ».

 

Alors journaliste, Olivier a pu travailler en Italie pour couvrir l’actualité, aussi bien dans le nord que dans le sud. « J’ai eu l’occasion de m’y perdre » nous confie-t-il pour mieux, peut-être, se remettre en phase avec telle ou telle ville, paysage, comportements. Il y découvre des particularités langagières, intimement liées à l’histoire et aux lieux. Et c’est cette richesse qui l’interroge.

 

Quand il traduit Né dans la mafia : Une histoire vraie par Amedeo Letizia et Paola Zanuttini, Olivier se retrouve face au texte avec ses premières questions : « J’ai lu le livre en entier puis je me suis dit : attention, il y aura des nuances à respecter ». Paola Zanuttini, journaliste à La Repubblica, raconte la vie du Napolitain Amedeo Letizia et son traumatisme d’avoir appartenu à une famille mafieuse. « Dans ce contexte, qu’est le sud, on ne dit pas les choses tout à fait comme dans le nord du pays ». Les deux auteurs, elle du nord, lui du sud, l’ont mis face à plusieurs difficultés : traduire une langue avec des facettes multiples, des expressions et une oralité très difficile à rendre. Quand une maman du sud apporte, pour le pique-nique de ses enfants sur la plage, du poisson citronné, Olivier doit traduire à la fois la présence plus qu’enveloppante de la mère et l’aigreur que suggère ce qu’elle leur donne à manger, dans un décor de rêve où le mal rôde.

 

« J’écris, je suis aussi auteur, mais le plaisir qu’apporte la traduction est différent. Il est presque caché, voire ignoré, parce que je dois remettre en cause mes habitudes, mes automatismes et me confronter à d’autres styles. Et j’ai du plaisir à le faire maintenant parce que c’est complémentaire à mon écriture. Être traducteur littéraire, c’est être un auteur car il ne s’agit pas que de retranscrire mais d’habiter le texte. Et ces moments de plaisir ne se révèlent que quand la difficulté est résolue. »

 

Mais sa légitimité en tant que traducteur se posait. « Je me retrouvais à avoir besoin de me mettre dans la peau d’un traducteur. D’être un traducteur. En réalité, j’avais peur de mon approche trop personnelle d’un texte ». Pour ces raisons, Olivier a candidaté à l’ETL, pour aborder différemment l’italien, même s’il lit aussi beaucoup de littérature américaine, des auteurs du Texas en particulier, État qu’il connaît bien et qui partage avec l’Italie une chaleur humaine et une violence qui l’intéressent. Il souhaitait identifier de nouvelles techniques et acquérir d’autres réflexes. Surtout, Olivier écoute et échange avec ses pairs. Parce qu’il y a plusieurs manières de traduire un même mot selon la résonance que lui donne un auteur ou son utilisation dans un contexte culturel précis. Il rêverait de traduire des auteurs aussi différents que Larry McMurtry et Erri De Luca, par exemple.

 

Son auteur du moment ?

Étrangement, l’Anglaise Vita Sackville-West traduit par Micha Venaille, une découverte tardive, nous confie-t-il !

Son mot favori, c’est naturellement Vita. La vie, en italien.

 

Et pour en apprendre plus sur l’ETL, c’est par   

Nous vous donnons rendez-vous dans 15 jours pour un nouveau portrait, derrière le miroir.  

 

L’ETL, née d’un partenariat entre le Centre national du livre et l’Asforedpropose aux jeunes traducteurs, déjà engagés dans le métier, une formation complète, fondée sur un enseignement de la traduction multilingue, grâce à des ateliers assurés par des traducteurs chevronnés et des interventions de professionnels de tous les métiers du livre.

Si vous voulez en savoir plus nous sommes à votre disposition pour répondre répondre à vos questions par e-mail à Etl-cnl@asfored.org