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CAROLE FILY, TRADUCTRICE ETL

« Derrière le miroir » est une série de portraits qui vous fera découvrir les personnalités des traducteurs et des traductrices de la promotion 2019 de l’ETL (École de Traduction Littéraire CNL-ASFORED). 

 

Carole Fily, traductrice, professeur agrégée d’allemand et lauréate du prix Caillé de la traduction 2017, nous livre sa vision de la traduction et des langues.

 

1990. Le mur de Berlin vient de tomber et le cœur de l’Europe bat à l’unisson. Carole, alors en 6e, découvre l’Allemagne et l’Europe centrale, avec ses langues et ses différentes cultures.

 

Celle qui cherchait à s’évader de ces flots qui l’entouraient à l’ouest, au sud et au nord, voyait à l’est un moyen de fuir son enclave bretonne, un moyen de changer l’horizon, au-delà de ces frontières.  « Il me fallait aller là où ça pulse. Ce qui m’intéressait, c’est ce qu’il y avait au-delà pour ne plus être à la périphérie, pour ne plus me sentir coupée du monde ». 

 

Dès lors naît sa fascination pour les régions frontalières. « Ce qui me fascine, c’est l’identité floue qui se dégage du mélange des cultures qui se font face. Une identité qui dépasse, transcende ces deux cultures. Lieu de vie, de mouvement, de pulsation, de liberté pour l’imaginaire. C’est dingue de se dire qu’au-delà d’un fleuve, même si on est à l’ère de la mondialisation et de l’uniformisation, les gens ne parlent pas la même langue, n’ont pas les mêmes références culturelles, ne mangent pas la même chose, etc. ».

 

L’allemand, elle la choisit en LV1. Et tout de suite, elle l’aime parce que cette langue la met face à un « mystère » qui lui fallait nécessairement décoder. Une langue qui, avec des mots d’une longueur extravagante, ne ressemble à aucune autre, une langue qui « me fascine plutôt », et elle rajoute « je pense que le hongrois ou le finlandais, c’est pire ». Une langue qui permet de la liberté, de composer des mots et des jeux de mots. Elle se plaît à les décortiquer, à les empiler, d’abord de façon ludique, comme un jeu. Puis elle les désempile pour leur redonner du sens et du contexte. Dans sa tête, elle avait déjà besoin de traduire. C’est son dada ! Dès lors, son amour de la langue allemande croissait.

 

C’est en Hypokhâgne, que sa passion pour la traduction prend forme. Elle prend conscience que sa découverte de nombreux auteurs, elle la doit à la traduction. « Sans traducteurs, jamais je n’aurais eu accès à leurs textes. Heureusement que ces gens sont là…ces passeurs de culture. » Et … petit déclic : elle prenait conscience de l’utilité, de la nécessité de la traduction.

 

Après son agrégation d’Allemand, elle part s’installer à Paris pour se lancer dans la traduction. Elle envoie des lettres manuscrites aux maisons d’édition pour se faire connaître. « J’étais prête à tout, même à faire le café ». Elle rédige des fiches de lectures, fait de la relecture puis une traduction sur la randonnée… Elle traduit un petit livre mais elle prend goût à le faire.

 

Après avoir participé au Programme franco-allemand Georges Arthur Goldschmidt pour jeunes traducteurs littéraires, Carole a une révélation littéraire, un coup de cœur, pour Vladimir Vertlib, un écrivain autrichien d'origine russo-juive. « L’allemand n’a été qu’un medium qui m’a permis de m’ouvrir sur la culture juive orientale et l’Europe orientale ». Elle s’attèle à un projet de traduction qu’elle présentera à plusieurs maisons d’édition, dont elle reçoit des réponses négatives (quand elle reçoit une réponse). Elle ne se décourage pas. Les années passent et enfin en 2011, une éditrice française lui répond qu’elle est intéressée par une traduction… mais du second roman de l’auteur. Carole relève le défi.

 

Ce qu’elle apprécie chez Vertlib, c’est de pouvoir côtoyer l’« étrangeté du texte » propre à l’auteur. Dans son écriture résonnent des résurgences de russe, avec des phrases longues qui s’enchainent, qui déstabilisent et déconcertent. Cela l’oblige à aller au-delà de sa propre résistance pour apprivoiser le texte. Prendre du recul et être bienveillant envers soi-même est indispensable, car il faut rester dans la tension de l’acte de traduire pour en finir avec les préjugés linguistiques.

 

Pour Carole, la traduction est un don de soi. « C’est viscéral et organique. C’est une relation charnelle et  la traduction est une greffe qui finit par prendre et faire partie de soi. »

 

Aujourd’hui, Carole traduit son cinquième roman. Elle a décidé de suivre une formation à l’ETL, par but pratique d’abord, pour le réseau mais aussi pour se rendre visible et légitime.  La formation en un an lui permet de recueillir des idées de méthodes qui vont l’aider à gagner du temps dans son travail et surtout d’échanger avec ses pairs, « avec des personnes qui ont le même centre d’intérêt que moi ». Ce que Carole  voit en l’ETL, c’est une bouffée d’oxygène qui va l’aider à apprendre de nouvelles choses. Et la soutenir.

Pour en savoir encore plus sur Carole Fily, vous pouvez découvrir son résumé professionnel ici

 

Nous vous donnons rendez-vous dans 15 jours pour un nouveau portrait, derrière le miroir.

 

L’ETL, née d’un partenariat entre le Centre national du livre et l’Asfored, propose aux jeunes traducteurs, déjà engagés dans le métier, une formation complète, fondée sur un enseignement de la traduction multilingue, grâce à des ateliers assurés par des traducteurs chevronnés et des interventions de professionnels de tous les métiers du livre.

Si vous voulez en savoir plus nous sommes à votre disposition pour répondre répondre à vos questions par e-mail à etl-cnl@asfored.org