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Les MOOCs, nouveau modèle de formation ?

Les MOOCs (massive open online course) sont-ils en train de modifier le modèle de la formation initiale et continue en estompant progressivement les frontières entre les deux ? Seul le numérique permet d’imaginer et de concrétiser ce type de prouesse ! Mais avec des limites…

Les MOOCs sont-ils en train de révolutionner l’enseignement en mettant en ligne, gratuitement, les cours des grandes universités ou des grands écoles ?

Si l'on prend pour exemple celui qui est aujourd'hui le plus avancé dans ce domaine, Coursera.org, lancé en 2012, il a d’abord été conçu comme un service offrant à 3,3 millions d'étudiants les cours des universités les plus prestigieuses sur tous les continents : Princeton, Stanford ou Columbia aux États-Unis, les universités des sciences de Hong Kong, l'université technique de Münich, l'Université de Genève ou l’école Polytechnique en France (ces deux dernières en langue française).

Capture Ecran Coursera

Selon son fondateur, Andrew Ng « cette technologie (permet) de changer la vie de beaucoup de personnes en proposant gratuitement une éducation de qualité à n'importe qui dans le monde ». Autrement dit, que vous soyez admis ou pas dans ces hauts lieux de la culture et de la recherche, que vous soyez à la recherche d’un diplôme ou en quête d’une formation continue d’excellence, vous pouvez, sans vous déplacer, accéder vous aussi à ces enseignements de haut niveau.

Du numérique à la pédagogie classique

Le rôle de l’enseignant et la pédagogie évoluent avec la technologie. Les MOOCs proposent ainsi une sorte de « réalité augmentée » universitaire. Reproduire simplement des cours d’amphithéâtre n’aurait que peu d’intérêt d’un point de vue strictement pédagogique. Le numérique permet d’agrémenter et d’étoffer le contenu par des vidéos de courte durée et de les compléter par des exercices d’entrainement. Donc finalement de revenir vers un apprentissage plus classique, avec une partie de cours illustrée par des supports variés et complétée par des exercices… Ce qui n'est rien d'autre que ce que les éditeurs scolaires « traditionnels » proposent déjà !

khan-logo-vertical-transparent

Le site créé par Salman Khan, khanacademy.org, se propose de faire évoluer la pédagogie en brisant le carcan de l'enseignement traditionnel. On y trouve plus de 4 300 vidéos, dont 750 traduites en français à fin 2013 grâce à l'implication de bénévoles mais aussi au soutien de Bibliothèques sans frontières et de la Fondation Orange, pour des enseignements du primaire au collège. Une autre façon de lutter contre l'échec scolaire vue par un ancien élève du MIT et de Harvard, et dont les cours sont utilisés par les enfants de Bill Gates...

De la formation initiale à la formation continue

Dans ce domaine également on constate que le numérique ouvre de nouvelles cibles. Car ce type de mise en ligne des enseignements rapproche formation initiale et formation continue : si les premiers bénéficiaires des cours sont bien les étudiants inscrits en formation initiale, les nouveaux utilisateurs possèdent, eux, des profils très divers ! Depuis le lycéen qui utilise ces cours pour s'entrainer dans le cadre de ses études jusqu’aux personnes plus âgées qui souhaitent simplement apprendre quelque chose de nouveau, en passant par les professionnels qui veulent acquérir de nouvelles connaissances dans un domaine précis en vue d'une opportunité de carrière, dans le cadre de leur formation continue...

Du service gratuit au site rentable

Et c’est à eux les MOOCs répondent de façon pertinente, en leur permettant de récompenser les efforts fournis à suivre ces cours de haute volée, tout en rentabilisant ce modèle gratuit.

Grâce à des systèmes de vérification d'identité, « signatures tracks », les sites sont en capacité d'authentifier la personne qui a suivi des cours par une combinaison de données et de moyens : webcam, recours à des données biométriques obtenues comme la reconnaissance d'un individu à sa manière de taper sur un clavier… D'autres proposent des questionnaires finaux de validation des connaissances. Ils sont ainsi en capacité de délivrer des « certificats vérifiés » aux étudiants ayant suivis –avec succès !– les cours en ligne. Ces certificats sont proposés à la vente entre 30 et 100 dollars dans la plupart des cas.

Si le nom de l'université qui a rédigé le cours est suffisamment attractif et « bancable »pour que l’on souhaite le faire figurer dans un CV, c’est bien grâce à sa renommée initiale, celle de ses enseignants. Au final, les universités mettent en place une sorte « d’économie circulaire du numérique » qui leur permet d’améliorer leur offre pédagogique, d’augmentent leur notoriété et de tirer un nouveau revenu de leurs publications, pourtant gratuites au départ…

Et demain ? Les limites des MOOCs

Le nombre de professionnels qui poursuivent leurs études connaissant une croissance très importante, il est probable qu’une partie du marché de la formation continue se fera en ligne dans les prochaines années... Sans pour autant sous-estimer la valeur de la relation élève-professeur qui reste primordiale, surtout dans le cas d’une formation initiale. Une façon efficace de rentabiliser son offre.

La tendance qui consiste à mettre à disposition du contenu en accès gratuit sur le web, pour des réseaux d'élèves et non plus limités à une seule classe à un instant donné (les unités de temps et de lieux étant caractéristiques de l’enseignement traditionnel) constitue bien une inflexion lourde du numérique en général.

Mais si les enseignants de ces prestigieuses universités acceptent de mettre ces contenus en ligne, et gratuitement, c’est, dans un apparent paradoxe, pour préserver leur valeur ajoutée ! Car aujourd’hui l’enjeu se situe moins dans la possession du savoir que dans le temps réservé en classe au partage, aux échanges et aux discussions autour de ces contenus. Et le fondateur de Coursera.org ne s’y trompe pas : « Cette technologie bénéficie donc à la fois aux élèves de ces grandes écoles mais aussi à tous les autres qui n'y ont pas accès. »

Autrement dit, une des clés de l’efficience de l’apprentissage est bien constitué par les interactions entre enseignant/enseigné, formateur/formé. Le meilleur réseau ne remplace pas la possibilité d’échanger avec son enseignant ou ses pairs, et la pédagogie mise en œuvre reste bien fondamentale dans la réussite de l’apprentissage, à savoir l’appropriation du contenu.