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Le marché du livre numérique en France et en Belgique

On parle beaucoup du livre numérique, mais qu'en est-il exactement ?
Quel est son poids économique réel ? Dans quelle mesure est-il passé dans les habitudes des lecteurs ?
Voici des éléments pour y voir un peu plus clair, et pour mettre en perspective la situation de la France vis à vis de son voisin francophone, la Belgique.

 

 

Quelques repères

  • + de 8 000 000 téléchargements en 2015 (en croissance)
  • 59 minutes : c'est le temps moyen passé chaque jour par les Français, lecteurs de livres numériques, à lire sur un écran. 
  • +55% : c'est l'augmentation du nombre moyen de livres numériques achetés.
  • + 53,3% : c'est la progression du marché de l’édition numérique, tous supports et catégories éditoriales confondus, qui a généré un chiffre d’affaires de 161,4 millions d’euros.
  • 66% : c'est le nombre de lecteurs de livres numériques qui récupèrent les fichiers de livres numériques directement depuis leur terminal lecteur. 
  • 51 % : c'est le nombre de lecteurs de livres numériques qui acquièrent le plus souvent leurs livres numériques gratuitement car ils appartiennent au domaine public.
  • 18% : c'est également la partie de la la population qui est désormais lectrice de livres numériques (15% en 2014), 6% envisagent de le faire (7% en 2014).


Tendances clés

L’édition numérique progresse pour atteindre 6,4% des ventes de livres en 2014 (4,1% en 2013), en ligne avec le marché du numérique des autres pays européens, selon les derniers chiffres de l’édition 2014 présentés par le Président du SNE, Vincent Montagne, ce 25 juin 2015. Les pratiques de lecture numérique augmentent ainsi doucement, sans être toutefois corrélées avec le taux d’équipement des Français en tablettes et liseuses qui progresse, lui, beaucoup plus vite.

Dans le secteur de l’édition professionnelle, le numérique représente d’ores et déjà plus de 40% des ventes des éditeurs.
Les lecteurs de livres numériques achètent pour 20% d'entre eux plus de 4 livres numériques par an (+2 points). La majorité estime que, dans les années à venir, son usage va rester stable.

En revanche, la progression du numérique chez nos voisins belges devrait être plus importante qu'en France car 22% des lecteurs exclusifs en imprimé envisagent de lire à l’avenir en numérique.

À noter : 2% des répondants belges, qui ne sont pas des lecteurs, ont l’intention de lire en numérique à l’avenir. Le numérique serait donc un support incitatif pour une (petite) partie du lectorat.

Une pratique du numérique complémentaire à celle du papier

Les lecteurs de livres numériques sont toujours multi-supports : sur papier (62% ont lu un livre papier il y a moins d’un mois), sur tablette (39%), sur ordinateur portable (36%) et liseuse (23%). La lecture sur Smartphone progresse quant à elle de 5 points et représente 27% des lecteurs numériques.

En Belgique, l’utilisation de tablettes (de 29 en 2013 à 46% en 3 ans) pour la lecture de livres numériques a nettement progressé au détriment de l’ordinateur (de 71% à 57% sur la même période) en Belgique, liseuses et smartphones étant désormais quasi identiques (respectivement 18% et 19%).

Leur pratique du numérique est complémentaire du papier et ils conservent majoritairement leurs habitudes : en 2015, et depuis qu’ils lisent des livres numériques, ils sont 62% à estimer lire autant, 64% à acheter autant et 64% à dépenser autant pour des livres, qu’ils soient numériques ou imprimés.

À titre de comparaison, ils sont 47% des lecteurs belges à lire sur les deux types de supports papier et numérique, 48% exclusivement sur papier et 5% exclusivement sur numérique. Au total 95% des lecteurs lisent donc sur papier et 5% sur numérique exclusivement.

Si les lecteurs de livres imprimés belges ont lu en moyenne 16 livres imprimés dans l’année mais en ont acheté seulement 10, les lecteurs de livres numériques ont lu quant à eux en moyenne 9 livres numériques dans l’année mais en ont acheté seulement 3.

Comment et sous quel format lit-on le numérique ?

En Belgique, la lecture en streaming a nettement progressé en 2015 (34% contre 20% en 2013), tandis que le téléchargement complet d'un ouvrage en PDF est passé sur la même période de 79% à 54% en 2015.

Ceci est à rapprocher de la récente autorisation par la médiatrice du livre en France (juin 2015), Laurence Engel, du modèle économique de lecture numérique en « illimité ». Les plateformes de lecture en illimité par abonnement pourront donc continuer à proposer aux lecteurs leurs livres numériques dans la mesure où elles respectent l’exclusivité de la fixation du prix par les éditeurs, exigée par la loi de loi 10 août 1981 et réaffirmée par celle du 26 mai 2011.

Le prix de référence pour la location en streaming servira ainsi de base au calcul du prix des pages consommées par la base d’abonnés dans le cadre d'un abonnement par exemple.

Quelles perspectives ?

Un plan numérique pour l'éducation

À  compter de la rentrée 2016, le plan numérique pour l’éducation en France sera doté d’un milliard d’euros sur trois ans : un tiers dans le cadre du programme d’investissement d’avenir, le reste pour la formation, le développement des ressources pédagogiques et le financement des supports (ordinateurs ou tablettes) acquis par les départements.
À la rentrée 2015, ce plan entre dans une phase de test dans 500 établissements (300 écoles primaires et 200 collèges), ce qui devrait relancer les achats de manuels numériques : un budget de 30 euros par élève est prévu pour les contenus. A 500 élèves en moyenne par établissement, le montant pourrait atteindre 3 millions d’euros cette année. (Livres Hebdo, 15.05.2015)
« Ce plan doit également permettre de créer des ressources pédagogiques, des contenus […]. Des appels d’offres seront lancés, dès septembre 2015, pour que tout soit prêt pour la rentrée 2016. Cinq disciplines du collège seront couvertes en priorité : le français, les mathématiques, les langues étrangères, l’histoire-géographie et, enfin, les sciences. Nous allons demander aux éditeurs […] de pouvoir fournir toutes ces ressources pour la rentrée 2016 », a ainsi annoncé François Hollande.

Influenceurs

L'étude menée pour nos confrères belges relève la part respective de certains types de prescriptions (ci-dessous).
On notera ainsi que les sites web dédiés aux livres ne sont que très peu source de prescription pour les livres imprimés (4% des lecteurs), et que les réseaux sociaux (9%) ne remplacent pas les amis et la famille (34%), tandis que la presse écrite se trouve à égalité avec les recommandations professionnelles ou scolaires (17%).

Les canaux de prescription les plus significatifs pour les livres numériques sont également les proches (22%), mais suivis de peu par… les moteurs de recherche (!) et dans une moindre mesure les recommandations professionnelles ou scolaires (14%).

Les conseils des libraires en magasin sont, dans les deux cas, peu significatifs (10%%).

Influenceurs livres numériques

 

Impact des ventes en ligne sur les ventes en librairie

La part des libraires dans le CA du livre est stable en valeur depuis 2001 à 22% en 2014, contre 21,5% en 2013 et 22% en 2012 .

Par ailleurs, la part des ventes en ligne a progressée sur la période 2002 (première année où les chiffres sont connus)/2013 pour passer de de 2,2% à 18,5% en 2014. La progression ne s'est donc pas faite au détriment des libraires qui résistent plutôt bien.

 

Sources

Pour apporter des éléments de réponse nous nous sommes notamment appuyés sur le 5e Baromètre SOFIA/SNE/SGDL sur les usages du livre numérique (2015), sur plusieurs articles paru dans Livres Hebdo ainsi que sur un sondage réalisé par Ipsos pour nos confrères belges de l'Adeb (Association des éditeurs belges) afin d'ouvrir un peu les perspectives du marché du livre numérique hors des frontières françaises.
On pourra également consulter le site du ministère de la culture qui publie chaque année des données statistiques que vous pourrez retrouver ici.