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De l’innovation technologique à l’innovation éditoriale

L'Asfored, partenaire de l'UNESCO à l'occasion de la journée mondiale du livre le 23 avril 2015, a organisé une conférence consacrée au passage de l’innovation technologique à l’innovation éditoriale.

Cette conférence inaugure un cycle dédié à « L’Édition numérique et l’accès à l’innovation ».

Dans quelles mesures les éditeurs sont-ils en capacité de créer des publications numériques innovantes, pérennes et rentables ?

 

Comment créer ? Rechercher des auteurs et des partenaires nouveaux ? Quelle est la plus-value à espérer en réalisant un livre numérique ?

On constate qu'il n'existe pas de méthode ni de modus operandi uniques mais une adaptation constante, une recherche de bonnes pratiques en fonction des genres et des effets d’échelle dans cette industrie qui reste basée sur une économie du prototype.

Introduction

Cette première conférence a été centrée sur l’acteur central du livre numérique, l’éditeur, et l’activité première : la conception éditoriale ; son champ d’étude a été limité à deux genres particulièrement important en numérique, tant sur le plan de l’offre que du chiffre d’affaires qu’ils représentent : la fiction et la jeunesse.

D'autres conférences suivront et viendront compléter les aspects traités aujourd'hui.

L’innovation éditoriale, une approche théorique

L’édition numérique peut être considérée comme une activité éditoriale à part entière depuis l’avènement du CD-ROM dans les années 90. Depuis le milieu des années 2000 et parallèlement aux actions mises en place par Google, la numérisation de contenu s’est mise en place dans les maisons d’éditions.
L'apparition de terminaux (Kindle,iPad…) et le développement de l’offre ont poussé à une relative démocratisation de la lecture numérique.
Parallèlement, de nouvelles législations se mettent en place.

Cependant les éditeurs ne sont pas encore réellement passés à une création par et pour le numérique. Le marché propose surtout actuellement des livres homothétiques, représentation à l’identique de la version papier, parfois sans réelle plus-value liée au numérique.

Nature éditoriale des projets

Il s'agit de ne pas se limiter à une reproduction homothétique mais de réaliser une adaptation ou une création.
Exploitation du fonds ne s'oppose pas forcément à nouveauté, qui dit nouveau ne dit pas forcément neuf.

Formats et implications des projets

Le choix de la forme éditoriale peut avoir de nombreuses répercussions sur le plan politique et commercial.
Application ou ePub ? Il faut avant tout respecter l'œuvre.
Application : il s'agit d'un logiciel en format propriétaire, plus adapté pour des contenus très interactifs, plus proches du jeu (ludo-éducatif) que de la lecture. L'application oblige à développer dans des versions compatibles avec les différents systèmes d’exploitation et supports (Apple, Androïd, Windows…)

EPub : format standard international, dédié au livre (HTML5, CSS3) et interopérable. Il est en constante évolution pour prendre en compte les exigences spécifiques des différents genres littéraires. Aujourd’hui l’ePub 3 permet des mises en page fluides (ePub reflow), fixes (ePub fixed-layout) ou mixtes (combinant les deux).


À noter : bien que standard, ce format n’est pas encore supporté par tous les lecteurs et n’est donc, dans les faits, pas encore totalement interopérable. Mais il a vocation à le devenir avec l’évolution des lecteurs (cf. Readium). Plus proche du savoir-faire traditionnel de l’éditeur, il permet de vendre par le réseau des libraires au lieu d’être rattaché à l'écosystème des applications, dominé par un ou deux marchands (iTunes Store et Google Play).

Du point de vue de la forme

Parce qu’une belle typographie sur un imprimé peut perdre sa force et sa lisibilité en digital, parce que les maquettes doivent être repensées pour les écrans, il est important d'avoir une direction artistique propre au numérique.
Il faut gérer la linéarité et la discontinuité narrative en laissant l’utilisateur naviguer et prendre les chemins qu’il souhaite. La linéarité constitue l'élément fondamental du livre et le différencie de l'application.

Le rôle de l'éditeur dans un écosystème numérique

L'éditeur comme chef de projet

Comme assistant à la maîtrise d’ouvrage, l'éditeur numérique doit savoir travailler avec des équipes extérieures et des chefs de projets pour traduire sa demande au développeur.
L'éditeur, à terme, a vocation à éditer du contenu et à le penser pour les deux supports : papier et numérique.
Les motivations de la maison d'édition

Différentes politiques éditoriales existent en fonction des modèles économiques et de considérations budgétaires (sélectionner des titres à l'unité, des nouveautés ou bien ré-exploiter le fonds) et, dans certains cas, les choix éditoriaux induits par les éléments commerciaux.
Parfois les projets sont ceux des auteurs, qui rencontrent la volonté de l'éditeur de se positionner sur ce marché.
D'une manière générale, le modèle économique est très difficile à trouver parce que le marché et les usages ne sont pas encore mûrs. Cela guide souvent les choix des méthodes de production.

Les relations aux prestataires

Dans certains cas on internalise la conception, la création graphique, la gestion du projet mais on externalise le développement en s’appuyant sur des services transversaux de développement numérique (conseil sur le choix des prestataires, aide technique…).
Le partenariat constitue parfois un moyen d'internaliser certains savoirs.

Acquisition et partage des compétences

• Les services de développement numérique sont le plus souvent au niveau du prépresse et du service fabrication, avec peu d’activités éditoriales.

• On trouve des services de développement numérique à part entière dans certains grands groupes essentiellement, ou chez des prestataires spécialisés auprès de qui l'éditeur vient alors plutôt chercher des modus operandi.


En conclusion

Il faut continuer à faire évoluer édition et lecture grâce au numérique...

D'autres conférences viendront compléter ce sujet très riche.

 

Intervenants :

  • Flore Roumens, éditrice de littérature française aux Éditions du Seuil. Elle a publié deux fictions purement numériques : l'ePub Ah. d’Emma Reel (2012), et l’application Alienare, de Chloé Delaume
  • Mathilde Bonte-Joseph est responsable des projets numériques de Nathan Jeunesse. Elle développe une offre d’applications et de livres enrichis. Nathan mène une réflexion sur la transposition de ses collections “papier” en numérique, afin de proposer de nouvelles expériences de lectures digitales
  • Axelle Desaint est responsable de l'édition numérique chez Tralalère. Elle développe l’offre d’édition numérique à travers le pilotage de projets de R&D et la réalisation d’ebooks enrichis pour des éditeurs.

Modération :  Vincent Piccolo, en charge de la stratégie et de l’international pour Art Book Magazine et ABM Distribution. Art Book Magazine est un pure player dont l’objectif est de participer au développement du livre numérique illustré.

Supports vidéos présentés :

Alienare, Éditions du Seuil (à paraître 8 mai 2015)


• Collection « Questions ? Réponses ! », Éditions Nathan Jeunesse

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Mon voisin, Éditions des Braques, enrichis par Tralalère


Études de cas, bonnes pratiques ou fausses bonnes idées :

Alienare, Éditions du Seuil


• Ah., Emma Reel, Éditions du Seuil
, 

• Collection « Questions ? Réponses ! », Éditions Nathan Jeunesse


Charles Trenet, Éditions des Braques, enrichi par Tralalère


Les évasions de Boris Anacrouse, France Culture  enrichi par Tralalère