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Développer une offre numérique : oui mais...

Le Baromètre 2014 de l'offre de livres numérique en France (KPMG - mars 2014) apporte un éclairage chiffré et étayé de la réalité de l'offre numérique et de ses perspectives à court et moyen terme. Outre la représentativité de son panel qui donne la parole aussi bien aux petits éditeurs indépendants qu'aux grands groupes d'édition, cette étude est intéressante par le fait qu'elle intègre des éditeurs uniquement papier comme des éditeurs uniquement numériques, en passant par toutes les formules d'offre mixte.

Découvrez les chiffres clés et les perspectives du livre numérique en France.

 

Ce baromètre élaboré entre novembre 2013 et janvier 2014 est basé sur des questionnaires remplis par 51 éditeurs indépendants et 5 groupes d'édition, représentatifs de tous les secteurs. Il permet aux plus réticents comme à ceux pour qui la question du numérique ne se pose même plus de s'exprimer, et n'élude ni les freins ni les difficultés rencontrées ou à venir.

Ceux qui le font et ceux qui y croient

Premier constat qui peut sembler paradoxal : si « seulement »  62,5 % des éditeurs interrogés disposent aujourd'hui d'une offre numérique, tous imaginent la part du livre numérique progresser à l'horizon 2020 au moins aux alentours de 15 à 30 % de parts de marché (PDM).

Pourtant globalement, ce sont les éditeurs papier qui se montrent les plus optimistes par l'évolution de la PDM du numérique !

PDM Numerique KPMG Mars2014

Quels freins ?

Un des éléments d'explication réside dans l'analyse des freins au développement d'une offre numérique.

Car il ne faut pas négliger le fait que là où 38,1 % des éditeurs pensent développer une offre numérique à moyen terme (1 à 3 ans), 23,8 % des éditeurs interrogés pensent ne développer aucune offre numérique même au-delà d'un horizon à 3 ans, et 19 % sont encore indécis.

Raisons majeures évoquées comme freins au développement de l'offre (voire à son refus) :

  • en premier lieu, les difficultés techniques
  • puis le manque de moyens adaptés
  • une aversion aux livres numériques
  • l'inadaptation du livre numérique au secteur éditorial concerné
  • et (seulement en dernière position-NDLR) son coût

À moyen ou long terme, les difficultés envisagées par les éditeurs se concentrent autour de l'obtention des droits numériques (19,6 %) qui suscitent des interrogations également autour de la question du piratage.

Viennent ensuite les difficultés liées à la production des ouvrages numériques :

  • le coût (19 %)
  • les modes de commercialisation à adapter ou à développer (14,3 %)
  • la fabrication proprement dite (14,3 %)
  • et enfin, conséquence logique, la détermination du prix de vente (4,8 %)

À noter : parmi les 14,3% de difficultés autres relevées par KPMG, on retrouve : le manque de temps, la peur du piratage, l'absence de marché pérenne ou la question du modèle économique (à rapprocher des questions sur le mode de commercialisation, le prix ou le coût).

Une quasi absence d'enrichissements

Autre paradoxe apparent relevé dans cette étude riche d'enseignements : parmi les freins au développement de l'offre numérique,  l'exploitation encore limitée, voire quasi inexistante, du potentiel réel de ce type de support figure certainement en bonne place. 

En effet, 85,8 % des éditeurs reconnaissent que leurs livres ne sont que parfois (42,9 %) voire jamais (42,9 %) enrichis par rapport au livre papier !

Si les principaux utilisateurs du livre enrichi se révèlent sans surprise être les secteurs du « Tourisme et Guides pratiques » (31,2 %), cet effort ne se retrouve pas dans les chiffres du secteur puisque la part de marché globale « Beaux livres et livres pratiques » a régressé de 6,6 % en 2012 (Chiffres SNE, Repères statistiques en France 2013, données 2012). Chiffres à nuancer cependant puisque la part de marché du secteur « Voyages, tourisme et régionalisme » est passée de 1,9 % en 2011 à 3,2 % en 2012, là où celle des « Loisirs et vie pratique » a stagné (10,7 % / 10,0 %) et celle des « Beaux livres » légèrement diminué (1,74 %  / 1,6 %) (Chiffres SNE, Repères statistiques en France).

On notera cependant l'effort réalisé par un secteur pourtant traditionnellement moins « interventionniste » sur ses manuscrits, celui de la « Littérature et des essais » (24,5 %). Celui du « Scolaire, sciences et dictionnaire » n'arrive qu'en troisième position malgré des incitations récurrentes du Ministère de l'Éducation nationale à l'équipement numérique des établissements et des manuels scolaires qui sortent systématiquement une version numérique en parallèle à leur version papier (18,9 %).

La « Bande-dessinée », les « Beaux-livres » et la « Jeunesse » ferment la marche de ce palmarès allant ainsi à l'encontre de leur créativité et de leur dynamisme en termes de chiffres d'affaires concernant la « Jeunesse » et la « Bande-dessinée ». Les progressions respectives représentent 3,5 % et 1 % sur un marché global en régression de 1,1 % en 2012 (Chiffres SNE, Repères statistiques en France 2013, données 2012).

 

Quels enrichissements concrets ?

Les enrichissements effectués se concentrent essentiellement autour de l'ajout d'éléments extérieurs au livre numérique : vidéo (17,9 %) et audio (14,3 %) principalement.

À l'inverse, à peine plus d'un quart (17,8 %) des éditeurs mettent à profit les possibilités d'un enrichissement numérique pour intervenir au cœur du livre :

  • 8,9 % repensent le schéma narratif
  • 8,9 % ajoutent des animations

 Enrichissements livres numeriques KPMG-mars2014

On réalise l'importance d'une formation professionnelle adaptée pour répondre aux interrogations multiples des éditeurs face à ces difficultés.

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